APPA'S 86 Association Pour la Protection des Abeilles

APPA'S 86   Association   Pour   la   Protection   des   Abeilles

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L'Abeilles chez les Egyptiens, Hittites, Grecs, Romain, Gaulois

 

Les Egyptiens

Merci Alain Guilleux pour nous avoir permis de reproduire les photos d'Egypte: Une promenade en Egypte

 

 

 

Un homme agenouillé devant des ruches placées horizontalement (tombe de Pabasa)

Les Egyptiens avaient également découvert les abeilles et leurs produits. Les premières traces datent de 2400 av. J.C. Le miel était d'ailleurs offert en offrande aux dieux. Du miel, ils tiraient également une boisson fermentée: l'hydromel. Ils utilisaient la cire également.

Ils confectionnaient d'ailleurs des poteries ovoïdes afin d'accueillir et d'abriter des abeilles. Ces poteries étaient cassées au moment de la récolte. D'autres modèles étaient réalisés en osier tressé couvert d'argile. Ces derniers sont toujours utilisés et visibles de nos jours au Soudan.

Les plus grandes activités apicoles étaient situées en Basse-Egypte, une zone riche en cultures. L'abeille y fut même choisie comme symbôle du pays. En Haute-Egypte, c'était plutôt une apiculture nomade qui était pratiquée.

 

 

 

La récolte de miel (tombe de Pabasa)

La récolte de miel fut également représentée dans les tombes de l'ancienne Egypte, notamment celle de Pabasa.

Le miel était utilisé comme offrande aux dieux ainsi que pour la production de médicaments sur base de ses propriétés anti-bactériennes et anti-fongiques.

Dans les papyrus Ebers et Edwin Smith, le miel était l'ingrédient le plus utilisé dans les remèdes, tant en usage externe qu'en usage interne. Le miel était utilisé dans le traitement des douleurs d'estomac, de rétention urinaire et comme onguent pour peaux sèches. Il était également utilisé comme onguent pour les blessures et les brûlures, les irritations de la peau et les maladies des yeux.

Le papyrus Eber (1600 av. J.C.) indique que le miel était le seul ingrédient à appliquer après circoncision. Il décrit également un remède pour l'oreille constitué d'un tiers de miel et de 2 tiers d'huile.

 

 

 

Des ruches, des pots et une abeille (tombe d'Ank'hor)

Le papyrus Chester Beatty VI décrit des remèdes oraux où la proportion de miel va de 20 à 84%. Dans d'autres types de remèdes, la proportion s'étend de 20 à 84%.

En l'absence de sucre, il servait également d'agent sucrant dans la fabrication du vin et la préparation de pains et gateaux. Ceci est attesté par des hiéroglyphes datant de 3000 ans av. J.C.

La cire servait également: dans la mommification, dans la construction de bateaux et comme agent liant dans les peintures.

Les pharaons utilisaient le miel au cours de la célébration de leur mariage. Cette coutume s'est transmise dans la culture greco-romaine et jusqu'au Moyen-Âge. Les jeunes mariés buvaient une boisson à base de miel durant le premier mois du mariage afin d'apporter joie et bonheur. Ceci a conduit à la «lune de miel».

Les Hittites

Les Hittites du Hatti (actuellement la Cappadoce) maîtrisaient l'élevage des abeilles dès le milieu du 2e millénaire.

Les Grecs

L'abeille occupait également une place importante chez les Grecs.

Aristote

Aristote (384-322 av. J.C.), philosophe, dans son Histoire des animaux avait déjà remarqué la forme hexagonale des cellules construites par les abeilles.

 

 

 

Aristote

Néanmoins, ce que l'on peut considérer comme le premier traité d'apiculture contient quelques imperfections.

Ainsi Aristote croyait-il que le chef des abeilles était en fait une abeille-roi, à la fois mâle et femelle.

Aristote croyait que de manger du miel prolonge la vie.

Hippocrates

Hippocrates (460-377 av. J.C.) nota: «Je mange du miel et l'utilise dans le traitement de plusieurs maladies car le miel offre de la bonne nourriture et une bonne santé».

Dioscorides

Dioscorides (40-90 ap. J.C.), un médecin grec ayant accompagné les armées de l'empereur romain Neron en tant que chirurgien, a rédigé De Materia Medica aux environs de 77 ap. J.C. Ce texte pharmacologique a servi de référence jusqu'au 15e siècle. Il y décrit près de 600 plantes et 1000 drogues simples ainsi que les valeurs médicinales et diététiques des dérivés animaux tels que le lait et le miel. Dioscorides indique que le miel peut être utilisé comme traitement dans les maladies de l'estomac, les blessures avec du pus, les hémorrhoïdes et comme traitement contre la toux.

Les Romains

Varron

Varron (Marcus Terentius Varro) est un savant romain, né à Reate (Rieti) en 116 av. J.-C. et mort en 27 av. J.-C. Il a écrit de nombreux ouvrages - plus de 600 - dont seuls une poignée nous sont parvenus.

Les détails concernant les abeilles et les ruches font de Varron un précurseur des encyclopédistes.

Dans De l'agriculture, livre III, il note le vocabulaire apicole de l'époque:

  • les méliturges: les gens qui font du miel
  • le mellarius: celui qui est chargé du soin des ruches
  • mellaria, alvus ou alvarius: la ruche

et il note également les connaissances apicoles de l'époque:

  • Les abeilles sont engendrées par d’autres abeilles ou naissent spontanément du corps d’un bœuf en putréfaction
  • les abeilles vivent en société, sous la forme d'une royauté, pour travailler et édifier. Elles suivent leur roi partout, le soutiennent et vont jusqu'à le porter sur leur dos quand il ne peut plus voler.
  • Leurs occupations concernent la subsistance, l'édification et le grand œuvre. Elles confectionnent du miel et de la cire pour fabriquer des cellules hexagonales. Elles pâturent au dehors mais élaborent le miel au sein de la ruche.
  • le miel peut être source de grande richesse pour tout apiculteur avisé
  • pour favoriser la production de miel, il faut disposer d'un jardin planté en thym, cytise et mélisse. Les abeilles apprécient également la rose, le serpolet, la mélisse, le pavot, les fèves, les lentilles, les pois, la dragée, le sauchet, le sainfoin et le cytise, fleurissant du printemps à l'automne, qui convient aux abeilles malades. Certaines plantes rendent les abeilles malades, d'autres favorisent la production de cire ou de nourriture.
  • Les ruches sont de forme circulaire, en osier enduites tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de bouse de vache, bois, écorce, troncs d'arbre creusés ou poterie. Parfois, elles sont carrées avec de la férule, ayant 3 pieds de long sur un pied de large. Les ruches sont nommées alvus (ventre): elles sont donc étroites au milieu.
  • le rucher est disposé près d'un mur et n'aura pas plus de trois rangées de ruches; les ruches ne se toucheront pas. Les ruches doivent être dans un lieu sans écho, ni trop chaud en été, ni privé de soleil en hiver, avec de l'eau pure à proximité. L'abreuvoir peut être rempli de cailloux ou de laine pour que les abeilles puissent facilement boire sans se noyer.
  • Les abeilles émigrent parfois. En recourant à certaines techniques, il est possible de récupérer l'essaim. En particulier, en tapant sur des cymbales ou dans les mains, on peut réunir un essaim dispersé
  • le mellarius visite les ruches 3 fois par mois au printemps et en été: il nettoie et surveille qu'il n'y a pas plusieurs rois dans la ruche car cette situation est la cause de séditions et de travail languissant. Le changement de ruche ou le déplacement du rucher nécéssite des précautions particulières qu'il détaille.
  • les abeilles produisent 4 substances: la propolis, plus chère que le miel que les médecins emploient pour les emplâtres, l'érithace qui colle les rayons ensemble, le rayon et le miel. Ce dernier peut être épais ou liquide selon les plantes butinées.
  • il y a 3 miellées par an: au lever des Pléiades, à la fin de l'été et après le coucher des Pléiades. A la dernière miéllée, on ne peut récolter plus du tiers du miel car le reste est utilisé comme provision en hiver

Columelle

Columelle (dont on sait seulement qu'il était vivant en 41 ap. J.C) a décrit la confection des ruches en osier entrelacé dans un vaste traité agricole: De l'agriculture. L'économie rurale. Livre IX

Ambroise de Milan

 

 

 

Ambroise de Milan ou St Ambroise

Ambroise de Milan (340-397 ap. J.C.), connu sous le nom de Saint Ambroise, est le patron des apiculteurs.

Selon la vie du saint par son secrétaire Paulin, il aurait été mis en son berceau dans la salle du prétoire. Il y dormait, quand un essaim d'abeilles survint tout a coup et couvrit de telle sorte sa figure et sa bouche qu'il semblait entrer dans sa bouche et en sortir. Les abeilles prirent ensuite leur vol et s'élevèrent en l’air à une telle hauteur que œil humain n'était capable de les distinguer.

Son père fut frappé de ce fait et dit : «Si ce petit enfant vit, ce sera quelque chose de grand.» Ce fut considéré comme un présage de la douceur des écrits du prélat.

Les Gaulois

Le mot ruche trouve son origine dans le mot gaulois rusca qui signifie «écorce», l'écorce des arbres servant en fait à fabriquer des ruches.

Que ce soit en Gaule, à Rome ou en Grèce, on ne note aucune évolution des techniques ou des connaissances sur l'apiculture.

 


25/04/2017
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La fable des Abeilles écrite en l'an 1714

La ruche murmurante ou les fripons devenus honnêtes gens

 

Un nombreux essaim d’abeilles habitait une ruche spacieuse. Là, dans une heureuse abondance, elles vivaient tranquilles. Ces mouches, célèbres par leurs lois, ne l’étaient pas moins par le succès de leurs armes, et par la manière dont elles se multipliaient. Leur domicile était un séminaire parfait de science et d’industrie. Jamais abeilles ne vécurent sous un plus sage gouvernement : cependant, jamais il n’y en eut de plus inconstantes et de moins satisfaites. Elles n’étaient, ni les malheureuses esclaves d’une dure tyrannie, ni exposées aux cruels désordres de la féroce démocratie. Elles étaient conduites par des rois qui ne pouvaient errer, parce que leur pouvoir était sagement borné par les lois.

Ces insectes, imitant tout ce qui se fait à la ville, à l’armée ou au barreau, vivaient parfaitement comme les hommes et exécutaient, quoiqu’en petit, toutes leurs actions. Les merveilleux ouvrages opérés par l’adresse incomparable de leurs petits membres, échappaient à la faible vue des humains : cependant il n’est parmi nous, ni machine, ni ouvriers, ni métiers, ni vaisseaux, ni citadelles, ni armes, ni artisans, ni ruses, ni science, ni boutiques, ni instruments, en un mot, il n’y a rien de tout ce qui se voit parmi les hommes dont ces animaux industrieux ne se servissent aussi. Comme donc leur langage nous est inconnu, nous ne pouvons parler de ce qui les concerne qu’en employant nos expressions. L’on convient assez généralement qu’entre autres choses dignes d’être remarquées, ces animaux ne connaissaient point l’usage des cornets ni des dés ; mais puisqu’ils avaient des rois, et par conséquent des gardes, on peut naturellement présumer qu’ils connaissaient quelque espèce de jeux. Vit-on en effet jamais d’officiers et de soldats qui s’abstînssent de cet amusement ?

La fertile ruche était remplie d’une multitude prodigieuse d’habitants, dont le grand nombre contribuait même à la prospérité commune. Des millions étaient occupés à satisfaire la vanité et l’ambition d’autres abeilles, qui étaient uniquement employées à consumer les travaux des premières. Malgré une si grande quantité d’ouvriers, les désirs de ces abeilles n’étaient pas satisfaits. Tant d’ouvriers, tant de travaux, pouvaient à peine fournir au luxe de la moitié de la nation.

Quelques-uns, avec de grands fonds et très peu de peines, faisaient des gains très considérables. D’autres, condamnés à manier la faux et la bêche, ne gagnaient leur vie qu’à la sueur de leur visage et en épuisant leurs forces par les occupations les plus pénibles. L’on en voyait cependant d’autres (A)* qui s’adonnaient à des emplois tout mystérieux, qui ne demandaient ni apprentissage, ni fonds, ni soins.

Tels étaient les chevaliers d’industrie, les parasites, les courtiers d’amour, les joueurs, les filous, les faux-monnayeurs, les empiriques, les devins et, en général tous ceux qui haïssant la lumière tournaient par de sourdes pratiques à leur avantage, le travail de leurs voisins ? qui incapables eux-mêmes de tromper étaient moins défiants. On appelait ces gens-là (B)* des fripons : mais ceux dont l’industrie était plus respectée, quoique dans le fond peu différents des premiers, recevaient un nom plus honorable. Les artisans de chaque profession, tous ceux qui exerçaient quelque emploi, ou quelque charge, avaient quelque espèce de friponnerie qui leur était propre. C’était les subtilités de l’art, et les tours de bâton.

Comme s’ils n’eussent pu, sans l’instruction d’un procès, distinguer le légitime d’avec l’illégitime, ils avaient des jurisconsultes occupés à entretenir des animosités, et à susciter de mauvaises chicanes. C’était le fin de leur art. Les lois leur fournissaient des moyens pour ruiner leurs parties et pour profiter adroitement des biens engagés. Uniquement attentifs à tirer de précieux honoraires, ils ne négligeaient rien pour empêcher qu’on ne terminât par voie d’accommodement les difficultés. Pour défendre une mauvaise cause, ils épluchaient les lois avec la même exactitude et dans le même but que les voleurs examinent les maisons et les boutiques. C’était uniquement pour découvrir l’endroit faible dont ils pourraient se prévaloir.

Les médecins préféraient la réputation à la science, et les richesses au rétablissement de leurs malades. La plupart, au lieu de s’appliquer à l’étude des règles de l’art, s’étudiaient à prendre une démarche composée. Des regards graves, un air pensif, étaient tout ce qu’ils possédaient pour se donner la réputation de gens doctes. Tranquilles sur la santé des patients, ils travaillaient seulement à acquérir les louanges des accoucheuses, des prêtres, et de tous ceux qui vivaient du produit des naissances ou des funérailles. Attentifs à ménager la faveur du sexe babillard, ils écoutaient avec complaisance les vieilles recettes de la tante de Madame. Les chalands et toute leur famille étaient soigneusement ménagés. Un sourire affecté, des regards gracieux, tout était mis en usage et servait à captiver ces esprits déjà prévenus. Il n’y avait pas même jusques aux gardes dont ils ne souffrirent les impertinences.

Entre le grand nombre des Prêtres de Jupiter, gagés pour attirer sur la ruche la bénédiction d’en haut, il n’y en avait que bien peu qui eussent de l’éloquence et du savoir. La plupart étaient même aussi emportés qu’ignorants. On découvrait leur paresse, leur incontinence, leur avarice et leur vanité, malgré les soins qu’ils prenaient pour dérober aux yeux du public ces défauts. Ils étaient fripons comme des tailleurs, et intempérants comme des matelots. Quelques-uns à face blême, couverts d’habits déchirés, priaient mystiquement pour avoir du pain. Ils espéraient de recevoir de plus grosses récompenses ; mais à la lettre ils n’obtenaient que du pain. Et tandis que ces sacrés esclaves mouraient de faim, les fainéants pour qui ils officiaient étaient bien à leur aise. On voyait sur leurs visages de prospérité, la santé et l’abondance dont ils jouissaient.

(C)* Les soldats qui avaient été mis en fuite, étaient comblés d’Honneur, s’ils avaient le bonheur d’échapper à l’épée victorieuse, quoiqu’il y en eut plusieurs qui fussent de vrais poltrons, qui n’aimaient point le carnage. Si quelque vaillant général mettait en déroute les ennemis, il se trouvait quelque personne qui, corrompue par des présents, facilitait leur retraite. Il y avait des guerriers qui affrontant le danger, paraissaient toujours dans les endroits les plus exposés. D’abord ils y perdaient une jambe, ensuite ils y laissaient un bras, et enfin, lorsque toutes ces diminutions les avaient mis hors d’état de servir, on les renvoyait honteusement à la demi-paye ; tandis que d’autres, qui plus prudents n’allaient jamais au combat, tiraient la double paye, pour rester tranquilles chez eux.

Leurs Rois étaient à tous égards mal servis. Leurs propres Ministres les trompaient. Il y en avait à la vérité plusieurs qui ne négligeaient rien pour avancer les intérêts de la couronne ; mais en même temps ils pillaient impunément le trésor qu’ils travaillaient à enrichir. Ils avaient l’heureux talent de faire une très belle dépense, quoique leurs appointements fussent très chétifs ; et encore se vantaient-ils d’être fort modestes. Donnaient-ils trop d’étendue à leurs droits ? ils appelaient cela leurs tours de bâton. Et même s’ils craignaient qu’on ne comprît leur jargon, ils se servaient du terme d’Emoluments, sans qu’ils voulussent jamais parler naturellement et sans déguisement de leurs gains.

(D)* Car il n’y avait pas une abeille qui ne se fut très bien contentée, je ne dis pas de ce que gagnaient effectivement ces ministres, mais seulement de ce qu’ils laissaient paraître de leurs gains. (E)* Ils ressemblaient à nos joueurs qui, quoiqu’ils aient joué beau jeu, ne diront cependant jamais en présence des perdants tout ce qu’ils ont gagné.

Qui pourrait détailler toutes les fraudes qui se commettaient dans cette ruche ? Celui qui achetait des immondices pour engraisser son pré, les trouvait falsifiés d’un quart de pierres et de mortier inutiles et encore, quoique dupe, il n’aurait pas eu bonne grâce d’en murmurer, puisqu’à son tour il mêlait parmi son beurre une moitié de sel.

La justice même, si renommée pour sa bonne foi quoiqu’aveugle, n’en était pas moins sensible au brillant éclat de l’or. Corrompue par des présents, elle avait souvent fait pencher la balance qu’elle tenait dans sa main gauche. Impartiale en apparence, lorsqu’il s’agissait d’infliger des peines corporelles, de punir des meurtres et d’autres grands crimes, elle avait même souvent condamné au supplice des gens qui avaient continué leurs friponneries après avoir été punis du pilori. Cependant on croyait communément que l’épée qu’elle portait ne frappait que les abeilles qui étaient pauvres et sans ressources ; et que même cette déesse faisait attacher à l’arbre maudit des gens qui, pressés par la fatale nécessité, avaient commis des crimes qui ne méritaient pas un pareil traitement. Par cette injuste sévérité, on cherchait à mettre en sûreté le grand et le riche.

Chaque ordre était ainsi rempli de vices, mais la Nation même jouissait d’une heureuse prospérité. Flattée dans la paix, on la craignait dans la guerre. Estimée chez les étrangers, elle tenait la balance des autres ruches. Tous ses membres à l’envi prodiguaient pour sa conservation leurs vies et leurs biens. Tel était l’état florissant de ce peuple. Les vices des particuliers contribuaient à la félicité publique. (F)* Dès que la vertu, instruite par les ruses politiques, eut appris mille heureux tours de finesse, et qu’elle se fut liée d’amitié avec le vice (G)*, les plus scélérats faisaient quelque chose pour le bien commun.

Les fourberies de l’Etat conservaient le tout, quoique chaque citoyen s’en plaignît. L’harmonie dans un concert résulte d’une combinaison de sons qui sont directement opposés. (H)* Ainsi les membres de la société, en suivant des routes absolument contraires, s’aidaient comme par dépit. La tempérance et la sobriété des uns facilitait l’ivrognerie et la gloutonnerie des autres. (I)* L’avarice, cette funeste racine de tous les maux, ce vice dénaturé et diabolique, était esclave (K)* du noble défaut de la prodigalité. (L)* Le luxe fastueux occupait des millions de pauvres. (M)* La vanité, cette passion si détestée, donnait de l’occupation à un plus grand nombre encore. (N)* L’envie même et l’amour-propre, ministres de l’industrie, faisaient fleurir les arts et le commerce. Les extravagances dans le manger et dans la diversité de mets, la somptuosité dans les équipages et dans les ameublements, malgré leur ridicule, faisaient la meilleure partie du négoce.

Toujours inconstant, ce peuple changeait de lois comme de modes. Les règlements qui avaient été sagement établis étaient annulés et on leur en substituait bientôt de tout opposés. Cependant en altérant ainsi leurs anciennes lois et en les corrigeant, ils prévenaient des fautes qu’aucune prudence n’aurait pu prévoir.

C’est ainsi que le vice produisant la ruse, et que la ruse se joignant à l’industrie, on vit peu à peu la ruche abonder de toutes les commodités de la vie. (O)* Les plaisirs réels, les douceurs de la vie, l’aise et le repos étaient devenus des biens si communs que (P)* les pauvres mêmes vivaient plus agréablement alors que les riches ne le faisaient auparavant. On ne pouvait rien ajouter au bonheur de cette société.

Mais hélas ! quelle n’est pas la vanité de la félicité des pauvres mortels ? A peine ces abeilles avaient-elles goûté les prémices du bonheur, qu’elles éprouvèrent qu’il est même au dessus du pouvoir des Dieux de rendre parfait le séjour terrestre. La troupe murmurante avait souvent témoigné qu’elle était satisfaite du gouvernement et des ministres ; mais au moindre revers, elle changea d’idées. Comme si elle eût été perdue sans retour, elle maudit les politiques, les armées et les flottes. Ces Abeilles réunissant leurs plaintes, on entendait de tous côtés ces paroles :Maudites soient toutes les fourberies qui règnent parmi nous. Cependant chacune se les permettait encore ; mais chacune avait la cruauté de ne vouloir point en accorder l’usage aux autres.

Un personnage qui avait amassé d’immenses richesses en trompant son Maître, le Roi et le Pauvre, osait crier de toute sa force : Le pays ne peut manquer de périr pour toutes ses injustices. Et qui pensez-vous que fut ce rigide sermoneur ? C’était un gantier qui avait vendu toute sa vie et qui vendait actuellement des peaux de mouton pour des cabrons. Il ne faisait pas la moindre chose dans cette société qui ne contribuât au bien public. Cependant tous les fripons criaient avec impudence : Bon Dieux ! accordez-nous seulement la probité.

Mercure* ne put s’empêcher de rire à l’ouïe d’une prière si effrontée. Les autres Dieux dirent qu’il y avait de la stupidité à blâmer ce que l’on aimait. Mais Jupiter, indigné de ces prières, jura enfin que cette troupe criailleuse serait délivrée de la fraude dont elle se plaignait.

Il dit : Au même instant l’honnêteté s’empara de tous les cœurs. Semblable à l’arbre instructif, elle dévoila les yeux de chacun, elle leur fit apercevoir ces crimes qu’on ne peut contempler sans honte. Ils se confessaient coupables par leurs discours et surtout par la rougeur qu’excitait sur leurs visages l’énormité de leurs crimes. C’est ainsi que les enfants qui veulent cacher leurs fautes, trahis par leur couleur, s’imaginent que dès qu’on les regarde, on lit sur leur visage mal assuré la mauvaise action qu’ils ont faite.

* c’est le dieu des Larrons

Mais grand Dieux ! quelle consternation ! quel subit changement ! En moins d’une heure le prix des denrées diminua partout. Chacun, depuis le Ministre d’Etat jusqu’au Villageois arracha le masque d’hypocrisie qui le couvrait. Quelques-uns, qui étaient très bien connus auparavant, parurent des étrangers quand ils eurent pris des manières naturelles.

Dès ce moment, le Barreau fut dépeuplé. Les débiteurs acquittaient volontairement leurs dettes, sans en excepter même celles que leurs créditeurs avaient oubliées. On les cédait généreusement à ceux qui n’étaient pas en état de les satisfaire. S’élevait-il quelque difficulté, ceux qui avaient tort restaient modestement dans le silence. On ne voyait plus de procès où il entrât de la mauvaise foi et de la vexation. Personne ne pouvait plus acquérir des richesses. La vertu et l’honnêteté régnaient dans la Ruche. Qu’est-ce donc que les avocats y auraient fait ? Aussi tous ceux qui avant la révolution n’avaient pas eu le bonheur de gagner du bien, désespérés ils pendaient leur écritoire à leur côté et se retiraient.

La justice, qui jusqu’alors avait été occupée à faire pendre certaines personnes, avait donné la liberté à ceux qu’elle tenait prisonniers. Mais dès que les prisons eurent été nettoyées, la déesse qui y préside devenant inutile, elle se fit contraint de se retirer avec son train et tout son bruyant attirail. D’abord paraissaient quelques SERRURIERS chargés de serrures, de verrous, de grilles, de chaînes et de portes garnies de barres de fer. Ensuite venaient les Geôliers, les GUICHETIERS et leurs suppôts. La déesse paraissait alors précédée de son fidèle ministre l’écuyer Carnifex, le grand exécuteur de ses ordres sévères. Il n’était point armé de son épée imaginaire*, à la place il portait la hache et la corde. Dame Justice aux yeux bandés, assise sur un nuage, fut chassée dans les airs accompagnée de ce cortège. Autour de son char et derrière il y avait ses sergents, huissiers, et ses domestiques de toute espèce qui se nourrissent des larmes des infortunés.

* On ne se sert dans les Exécutions en Angleterre que de la Hache pour trancher la tête, jamais de l’Epée. C’est pour cela qu’il donne le nom d’imaginaire à cette Epée qu’on attribue au Bourreau.

La RUCHE avait des MEDECINS, tout comme avant la révolution. Mais la médecine, cet art salutaire, n’était plus confiée qu’à d’habiles gens. Ils étaient en si grand nombre, et si bien répandus dans la ruche qu’ils n’y en avait aucun qui eut besoin de se servir de voiture. Leurs vaines disputes avaient cessé. Le soin de délivrer promptement les patients était ce qui les occupait uniquement. Pleins de mépris pour les drogues qu’on apporte des pays étrangers, ils se bornaient aux simples que produit le pays. Persuadés que les Dieux n’envoient aucune maladie aux Nations sans leur donner en même temps les vrais remèdes, ils s’attachaient à découvrir les propriétés des plantes qui croissaient chez eux.

LES RICHES ECCLESIASTIQUES, revenus de leur honteuse paresse ne faisaient plus desservir leurs églises par des abeilles prises à la journée. Ils officiaient eux-mêmes. La probité dont ils étaient animés les engageait à offrir des prières et des sacrifices. Tous ceux qui ne se sentaient pas capables de s’acquitter de ces devoirs ou qui croyaient qu’on pouvait se passer de leurs soins, résignaient sans délai leurs emplois. Il n’y avait pas assez d’occupation pour tant de personnes, si même il en restait pour quelques-uns. Le nombre en diminua donc considérablement. Ils étaient tous modestement soumis au GRAND PRETRE, qui uniquement occupé des affaires religieuses, abandonnait aux autres les affaires d’Etat. Le chef sacré, devenu charitable, n’avait pas la dureté de chasser de sa porte les pauvres affamés. Jamais on n’entendait dire qu’il retranchât quelque chose du salaire de l’indigent. C’était au contraire chez lui que l’affamé trouvait de la nourriture, le mercenaire du pain, l’ouvrier nécessiteux sa table et son lit.

Le changement ne fut pas moins considérable parmi les premiers ministres du roi et tous les officiers subalternes. (Q)* Economes et tempérants alors, leurs pensions leur suffisaient pour vivre. Si une pauvre Abeille fut venue dix fois pour demander le juste paiement d’une petite somme, et que quelques Commis bien payé l’eut obligé, ou de lui faire présent d’un écu, ou de ne jamais recevoir son paiement, on aurait ci-devant appelé une pareille alternative, le tour de bâton du commis ; mais pour lors on lui aurait tout naturellement donné le nom de friponnerie manifeste.

Une SEULE Personne suffisait pour remplir les places qui en exigeaient trois avant l’heureux changement. On n’avait plus besoin de donner des collègues pour éclairer les actions de ceux à qui l’on confiait le maniement des affaires. Les magistrats ne se laissaient plus corrompre ? et ils ne cherchaient plus à faciliter les larcins des autres. Un seul faisait alors mille fois plus d’ouvrage que plusieurs n’en faisaient auparavant.

(R)* Il n’y avait plus d’honneur à faire figure aux dépens de ses créditeurs. Les Livrées étaient pendues dans les boutiques des Fripiers. Ceux qui brillaient par la magnificence de leurs carrosses les vendaient pour peu de chose. La noblesse se défaisait de tous ses superbes chevaux si bien appariés, et même de leurs campagnes pour payer leurs dettes.

On évitait la vaine dépense avec le même soin qu’on fuyait la fraude. On n’entretenait plus d’Armée dehors. Méprisant l’estime des étrangers, et la gloire frivole qui s’acquiert par les armes, on ne combattait plus que pour défendre la patrie contre ceux qui en voulaient à ses droits et à sa liberté.

Jetez présentement les yeux sur la ruche glorieuse. Contemplez l’accord admirable qui règne entre les commerces et la bonne foi. Les obscurités qui couvraient ce spectacle ont disparu. Tout se voit à découvert. Que les choses ont changé de face !

Ceux qui faisaient des dépenses excessives et tous ceux qui vivaient de ce luxe furent forcés de se retirer. En vain ils tentèrent de nouvelles occupations ; elles ne purent leur fournir le nécessaire.

Le prix des fonds et des bâtiments tomba. Les palais enchantés dont les murs semblables à ceux de Thèbesavaient été élevés par la musique, étaient déserts*. Les grands qui auraient mieux aimé perdre la vie que de voir effacer les titres fastueux gravés sur leurs superbes portiques, se moquaient aujourd’hui de ces vaines inscriptions. L’architecture, cet art merveilleux, fut entièrement abandonné. Les artisans ne trouvaient plus personne qui voulut les employer. (S)* Les peintres ne se rendaient plus célèbres par leur pinceau. Le sculpteur, le graveur, le ciseleur et le statuaire n’étaient plus nommés dans la Ruche.

*L’auteur veut parler des Bâtiments élevés pour l’Opéra et la Comédie. Amphion, après avoir chassé Cadmus et sa Femme du lieu de leur demeure, y bâtit la Ville de Thèbes, en y attirant les pierres avec ordre et mesure, par l’harmonie merveilleuse de son divin Luth.

Le peu d’abeilles qui restèrent vivaient chétivement. On n’était plus en peine comment on dépenserait son argent, mais comment on s’y prendrait pour vivre. En payant leur compte à la taverne, elles prenaient la résolution de n’y remettre jamais le pied. On ne voyait plus de salope cabaretière qui gagnât assez pour porter des habits de drap d’or. Torcol ne donnait plus de grosses sommes pour avoir du Bourgogne et des ortolans. Le courtisan qui se piquant de régaler le jour de Noël sa maîtresse de pois verts, dépensait en deux heures autant qu’une compagnie de cavalerie aurait dépensé en deux jours, plia bagage, et se retira d’un si misérable pays.

(T)* La fière Cloé dont les grands airs avaient autrefois obligé son trop facile mari de piller l’Etat, vend à présent son équipage composé des plus riches dépouilles des Indes. Elle retranche sa dépense et porte toute l’année le même habit. Le siècle léger et changeant est passé. Les modes ne se succèdent plus avec cette bizarre inconstance. Dès lors, tous les ouvriers qui travaillaient les riches étoffes de soie et d’argent et tous les artisans qui en dépendent, se retirent. Une paix profonde règne dans ce séjour ; elle a à sa suite l’abondance. Toutes les manufactures qui restent ne fabriquent que des étoffes les plus simples ; cependant elles sont toutes fort chères. La nature bienfaisante n’étant plus contrainte par l’infatigable jardinier, elle donne, à la vérité, ses fruits dans sa saison ; mais aussi elle ne produit plus ni raretés, ni fruits précoces

A mesure que la vanité et le luxe diminuaient, on voyait les anciens habitants quitter leur demeure. Ce n’était plus ni les marchands, ni les compagnies qui faisaient tomber les manufactures, c’était la simplicité et la modération de toutes les abeilles. Tous les métiers et tous les arts étaient négligés. Le contentement, cette peste de l’industrie, leur fait admirer leur grossière abondance. Ils ne recherchent plus la nouveauté, ils n’ambitionnent plus rien.

C’est ainsi que la ruche étant presque déserte, ils ne pouvaient se défendre contre les attaques de leurs ennemis cent fois plus nombreux. Ils se défendirent cependant avec toute la valeur possible, jusqu’à ce que quelques-uns d’entre eux eussent trouvé une retraite bien fortifiée. C’est là qu’ils résolurent de s’établir ou de périr dans l’entreprise. Il n’y eut aucun traître parmi eux. Tous combattirent vaillamment pour la cause commune. Leur courage et leur intégrité furent enfin couronnés de la victoire.

Ce triomphe leur coûta néanmoins beaucoup. Plusieurs milliers de ces valeureuses abeilles périrent. Le reste de l’essaim, qui s’était endurci à la fatigue et aux travaux, crut que l’aise et le repos qui mettait si fort à l’épreuve leur tempérance, était un vice. Voulant donc se garantir tout d’un coup de toute rechute, toutes ces abeilles s’envolèrent dans le sombre creux d’un arbre où il ne leur reste de leur ancienne félicité que le Contentement et l’Honnêteté.

 

La ruche murmurante ou les fripons devenus honnêtes gens

 

Quittez donc vos plaintes, mortels insensés ! (X)* En vain vous cherchez à associer la grandeur d’une Nation avec la probité. Il n’y a que des fous qui puissent se flatter (Y)* de jouir des agréments et des convenances de la terre, d’être renommés dans la guerre, de vivre bien à son aise et d’être en même temps vertueux. Abandonnez ces vaines chimères. Il faut que la fraude, le luxe et la vanité subsistent, si nous voulons en retirer les doux fruits. La faim est sans doute une incommodité affreuse. Mais comment sans elle pourrait se faire la digestion d’où dépend notre nutrition et notre accroissement. Ne devons-nous pas le vin, cette excellent liqueur, à une plante dont le bois est maigre, laid et tortueux ? Tandis que ses rejetons négligés sont laissés sur la plante, ils s’étouffent les uns les autres et deviennent des sarments inutiles. Mais si ces branches sont étayées et taillées, bientôt devenus fécondes, elles nous font part du plus excellent des fruits.

C’est ainsi que l’on trouve le vice avantageux, lorsque la justice l’émonde, en ôte l’excès, et le lie. Que dis-je ! Le vice est aussi nécessaire dans un Etat florissant que la faim est nécessaire pour nous obliger à manger. Il est impossible que la vertu seule rende jamais une Nation célèbre et glorieuse. Pour y faire revivre l’heureux Siècle d’Or, il faut absolument outre l’honnêteté reprendre le gland qui servait de nourriture à nos premiers pères.

* les lettres renvoient à l’explication des passages dans la partie "commentaire" de la fable (voir le texte sur Gallica)

Bernard Mandeville, La Fable des abeilles

Londres : Aux dépens de la Compagnie, 1740 Traduction de Jean Bertrand p. 1/26 Gallica

 


25/04/2017
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Du théâtre et des abeilles, une création magique à Caen

Par Claire Baudean

De nombreux artistes ont travaillé avec des abeilles, mais c'est certainement la première fois que ces merveilleux insectes, indispensables à notre survie, sont les acteurs d'une oeuvre collective, créée au CDN de Normandie de Caen par Jean Lambert-Wild et Michel Onfray. Un spectacle inouï, un voyage lyrique et poétique, "une célébration des républiques de ces mouches à miel", à voir de toute urgence jusqu'au 4 mai.

La Sagesse des abeilles © Radio France - Tristan Jeanne Valès

 

 Après la mort de son père il y a deux ans, le philosophe Michel Onfray a écrit à la demande de Jean Lambert-Wild, plasticien, poète et directeur du Centre Dramatique National de Normandie à Caen, un texte magnifique sur les abeilles. Michel Onfray sublime alors son deuil et sa souffrance dans une ode virtuose inspirée de la vie de ces butineuses et de leur reine, indispensables à notre humanité, et aujourd'hui menacées. La Sagesse des abeilles commence sur la tombe d'un père mort, précise le philosophe dans le programme du spectateur, et se termine dans les astres, en passant par un trajet vers l'étoile polaire, une naissance dans un quartier de boeuf décomposé, une réincarnation d'hommes doux...une anti-fable des abeilles, une leçon donnée par un essaim...

 

Jusqu'au 4 mai, Jean Lambert-Wild a installé une vraie ruche de
40 000 abeilles sur la scène du Théâtre des Cordes à Caen. Au centre du plateau, dans l'obscurité d'une nuit étoilée, apparait peu à peu une marionnette transparente avec une tête comme un essaim, une sorte d'homme abeille traversé de mille couleurs à l'intérieur duquel grouillent des centaines d'insectes. La voix de Michel Onfray accompagne ce rituel magique. Le spectacle est total, hypnotique.

Création jusqu'au 4 mai au CDN de Normandie, Théâtre des Cordes à Caen, de La Sagesse des abeilles,  un spectacle de Jean Lambert- Wild, Jean-Luc Therminarias, Michel Onfray, Lorenzo Malaguerra et François Royet. Représentations ce jeudi 26 avril à 14h30 et 19h30, vendredi 27 avril à 20h30, puis mercredi 2 à 19h30, jeudi 3 mai à 19h et le vendredi 4 mai à 20h30. Le spectacle part en tournée en Suisse au Théâtre du Crochetan Monthey du 13 au 15 juin et au Festival Les Escales Improbables, à Montréal en septembre prochain.

 

 

 

 

 

 


03/05/2013
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A lire

 

 

Le guide du locavore : pour mieux consommer local 

Paru le 1er avril 2010 - Editeur  Eyrolles,  


Anne-Sophie Novel : 

Docteure en économie, Anne-Sophie est passionnée par les médias et l’innovation sociale. Elle créé Ecoloinfo.com en mai 2007 afin de faciliter l’accès à l’information écologique. Elle travaille comme journaliste spécialisée dans le développement durable et l’économie collaborative – thèmes sur lesquels elle a publié plusieurs ouvrages.

Débat sur le phénomène de ceux qui ont décidé de ne consommer que des produits locaux. Explique les enjeux liés aux modes de consommation et d'alimentation et comment adopter des réflexes d'achats qui favorisent les produits locaux.
Le guide pour mieux consommer local
Comment...
- retrouver par votre alimentation un lien à la terre, au réel, au vrai ?
- prendre conscience, lorsque vous consommez, des émissions de CO2 que génèrent production et transport, de l'usage des pesticides, de l'eau virtuelle, des conditions de travail, de l'exploitation des animaux... ?
- remettre l'humain et l'environnement au coeur de  vos habitudes de consommation ?

En bref, comment contribuer à sauver la planète en modifiant votre alimentation et vos modes de consommation en devenant locavore ?
Locavore... Cela ne vous dit rien ? Terme encore peu répandu dans le monde francophone, il incarne déjà chez nos voisins anglo-saxons une véritable révolution !

L'idée originale consiste à ne s'alimenter qu'avec des aliments produits dans un périmètre local de 200 km maximum.
Goûter la différence, préserver la (bio)diversité, se reconnecter avec les saisons, découvrir de nouvelles saveurs, redécouvrir son territoire, soutenir les petites exploitations et de bonnes conditions de travail, investir dans l'économie locale, être en bonne santé et sauver la planète... Cet ouvrage complet regorge d'informations pratiques et vous guide sur le chemin du locavorisme. Vous allez bientôt comprendre pourquoi vos achats déterminent nos choix futurs !

 

 

 

Cessons de tuer la terre

pour nourrir l'homme ! :

pour en finir avec les pesticides

Jean-Marie Pelt

Le «Grenelle de l'environnement» a prévu de réduire de moitié l'utilisation de pesticides à l'horizon 2018. Maintes questions se posent en effet depuis des années sur leurs effets sur la santé au sujet desquels les inquiétudes se confirment. Il est aussi tout à fait probable que la disparition des abeilles dans maintes régions est due à leur emploi intensif. Aussi doit-on envisager dès à présent le remplacement de ces produits, que ce soit dans les vastes exploitations agricoles, dans les jardins des «rurbains» ou dans ces cultures miniatures qui agrémentent les balcons et terrasses des citadins. De nouvelles stratégies se dessinent, menées par l'agriculture et le jardinage bio, mais pas seulement. Au lieu de lutter contre les agents pathogènes par des produits dont le nom se termine en -cide, on préférera stimuler les défenses naturelles des végétaux, utiliser des composants peu ou pas nocifs, avoir recours à des plantes qui «dépolluent» les sols, voire ouvrir des voies absolument nouvelles et étonnantes.

Botaniste et fervent écologiste avant l'heure, Jean-Marie Pelt fait ici le point sur l'ensemble de ces perspectives prometteuses et parfois très originales dont certaines sont d'ores et déjà mises en oeuvre à travers le monde.

 

Agroécologie 

Cultivons la vie

Editeur : Sang de la Terre
Date de parution : 28 mai 2012

La vie est le maître mot de l’agroécologie ; l’homme la pratiquant se met au service de cette vie, vie de la terre, de la plante, de l’animal et de leurs relations, entre eux et avec l’homme. Cet ouvrage, coécrit par des experts praticiens, propose une autre approche de la vie et du vivant. 

Il s'adresse à TOUT PUBLIC. L’agriculteur y trouve matière à réflexion dans l’évolution de ses pratiques. Le jardinier ou l'éleveur amateur vient y chercher une autre compréhension de sa terre, de ses animaux, illustrée de quelques exemples techniques. C’est le premier pas de l’étudiant avant d’aller vers des travaux plus pointus. Le formateur y puise des éléments pour ses cours. Le simple curieux est content de se cultiver et de s’initier à une autre relation au monde vivant. 

Et, rêvons, l’homme politique découvre la logique de l'agroécologie et son efficience dans la situation de non retour du modèle agricole industriel. Par sa logique de respect de la vie, l'agroécologie offre des solutions locales et globales, pour l’homme et la planète.

Auteur(s)

Infirmière spécialisée en médecine tropicale, puis agroécologiste, collaboratrice de longue date de Pierre Rabhi, Hélène Hollard a introduit l’agroécologie dans l’enseignement agricole public pour adultes et réalisé de nombreux accompagnements sur le terrain, en France et à l’étranger. Aujourd’hui, elle donne des conférences et des cours, et accompagne des groupes et des particuliers vers des pratiques agroécologiques sur leurs terres, dans leurs jardins.
Salarié agricole puis agriculteur, Bénigne Joliet a été animateur d’actions de coopération internationale pour l’enseignement agricole et des associations. C’est là, face au désastre de l’érosion des sols sahéliens, qu’il prend conscience de l’urgence d’introduire l’écologie en agriculture. Avec Hélène Hollard, il s’est impliqué fortement dans le développement du compostage des sous-produits agricoles et forestiers. Il a été conseiller technique et formateur, pour différentes organisations professionnelles et techniques. Aujourd’hui, il dispense conseils et formations.
Vétérinaire, Marie-Christine Fave accompagne les éleveurs et les particuliers pour construire l’équilibre comportemental et la santé de leurs animaux de ferme et de compagnie, et clarifier la relation entre l’homme et les animaux. Son approche repose sur l’utilisation de méthodes rigoureuses d’investigations, et reconnues. Pour ce faire, elle a élargi sa formation fondamentale vétérinaire à des approches globales de la santé et du monde vivant.

 

 

 

 

Seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d'une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé “mondialisation”. Pierre Rabhi 

Pierre Rabhi a vingt ans à la fin des années cinquante, lorsqu'il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol qu'ont largement commencé à dessiner sous ses yeux ce que l'on nommera plus tard les Trente Glorieuses. Après avoir dans son enfance assisté en accéléré, dans le Sud algérien, au vertigineux basculement d'une pauvreté séculaire, mais laissant sa part à la vie, à une misère désespérante, il voit en France, aux champs comme à l'usine, l'homme s'aliéner au travail, à l'argent, invité à accepter une forme d'anéantissement personnel à seule fin que tourne la machine économique, point de dogme intangible. 

L'économie ? Ce n'est plus depuis longtemps qu'une pseudo-économie qui, au lieu de gérer et répartir les ressources communes à l'humanité en déployant une vision à long terme, s'est contentée, dans sa recherche de croissance illimitée, d'élever la prédation au rang de science. 
Le lien filial et viscéral avec la nature est rompu ; elle n'est plus qu'un gisement de ressources à exploiter - et à épuiser. Au fil des expériences de vie qui émaillent ce récit s'est imposée à Pierre Rabhi une évidence : face à la société de surabondance sans joie et non sans misère matérielle dans laquelle les pays dits développés sont enlisés, “la sobriété heureuse” représente une alternative réaliste. Force de libération physique et morale, elle est un acte politique de légitime résistance à cette formidable machine à détruire la planète et à aliéner la personne humaine. Ainsi pourrons-nous remettre l'humain et la nature au cœur de nos préoccupations, et redonner, enfin, au monde légèreté et saveur.

 

Auteur(s)

Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne, Pierre Rabhi est un des pionniers de l’agriculture biologique et l’initiateur de l’agro-écologie. Il défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus démunis,tout en préservant les patrimoines nourriciers. Depuis 1981, il transmet son savoir-faire dans les pays arides d’Afrique, en France et en Europe, cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux populations. Il est aujourd’hui reconnu expert international pour la sécurité alimentaire et a participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification. Il est le fondateur de Colibris – Mouvement pour la Terre et l’Humanisme. Il est l’auteur de nombreux ouvrages.

 

 

 

 

 


04/03/2013
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L'artiste qui murmurait à l'oreille des abeilles

 

L'artiste qui murmurait à l'oreille des abeilles

Le slovaque Tomáš Libertíny, spécialiste de l'art apicole, s'apprête à exposer à Londres sa "sculpture aux abeilles vivantes". De l'art, mais aussi une déclaration d'amour à ces précieux insectes en voie de disparition.
 
Il aura fallu le labeur de 40.000 abeilles pendant une semaine pour fabriquer ce vase. Une structure de base a été réalisée par le designer Tomas Gabzdil Libertiny, puis il a installé un essaim et les abeilles ont fait le reste. Tomas Gabzdil Libertiny est le directeur d’un atelier de design situé à Rotterdam, le Studio Libertiny. Il raconte que le principe choisi est un peu un circuit fermé dans la mesure où ce vase contiendra des fleurs dont les abeilles se sont nourries.

 

 

 
Sculpture en cire d'abeille de Tomáš Libertíny. Droits réservés

 

"Quoi que vous fassiez, prévient  Tomáš Libertíny, n’énervez pas les abeilles." Nous sommes à Skanzen, en Slovaquie, face à une rangée de ruches – et à la toute dernière œuvre de Libertiny, 32 ans.

 

 

 

La "sculpture aux abeilles vivantes" de Libertíny sera installée dans le jardin du Musée d’histoire naturelle de Londres à la fin juillet. Nommé The Agreement (L’accord), cette œuvre de 1,6 m de haut est faite de cire d’abeilles et d’abeilles vivantes. A l’occasion de l’Exhibition Road Show, un festival scientifique et culturel, elle sera présentée dans une tour de verre pour rappeler le déclin catastrophique des abeilles en Europe.

En 2008, Lord Rooker, alors ministre de l’Agriculture, alertait : "L’équilibre des abeilles est en danger et, franchement, si rien n’est fait, la population des abeilles pourrait disparaître dans moins de dix ans." Ce déclin mondial est le résultat de l’utilisation de pesticides, de la monoculture et d’un phénomène appelé syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles.

Au moment du déjeuner, un charmant apiculteur aux yeux ingénus, venu pour soutenir Libertíny, se lance dans un éloge passionné des abeilles, en slovaque. Même si je n’en comprends pas un traître mot, je suis ému par son discours. Libertíny traduit : "Les abeilles produisent les 10 éléments les plus
bénéfiques pour l’homme, parmi lesquels on trouve le miel, la gelée royale et même leurs piqûres, qui ont des propriétés médicales, la propolis [résine végétale utilisée par les abeilles pour assainir les ruches, que l'on récolte pour ses propriétés thérapeutiques] et la cire d’abeille. Elles purifient l’air. Les oiseaux et les ours en mangent. Elles contribuent à la pollinisation de 85 % de la végétation sur Terre. Nous, nous leur rendons la planète invivable. Nous devons les sauver !"

Les créations de Libertíny rendent hommage à ces bâtisseuses. "J’invite de nouvelles colonies à venir s’installer ici, explique-t-il en montrant les ruches. Elles cherchent à construire un palais pour leur reine encore stérile. Moi, je crée un squelette léger sur lequel les abeilles régurgitent les aliments que je leur fournis." Pourquoi feraient-elles tout ça pour lui ? "Parce que je leur donne à manger et que je leur offre un abri. Et puis, elles veulent impressionner leur nouvelle reine : cette installation est un plaidoyer en faveur de l'amour, du dévouement, mais aussi du tragique sacrifice personnel à faire pour le bien de la communauté."

Le travail de Libertíny avec les abeilles a commencé il y a cinq ans. A cette époque, il laissait ces insectes essaimer autour de vases recouverts de cire d’abeille dans son studio à Rotterdam. Les formes qu’elles créaient étaient beaucoup plus belles et naturelles que ce qu’il avait pu imaginer. "Dans nos sociétés, le consommateur aime le design épuré. Je voulais m'éloigner de cette tendance. J’ai donc commencé à travailler avec un matériau fragile et éphémère : la cire d’abeille. Elle provient des fleurs, se transforme en vase et finit par accueillir des fleurs pour leur dernier voyage."


En 2009, à la foire d'art contemporain de Bâle, il expose Unbearable Lightness [Insoutenable légèreté]. Cette œuvre représente un Christ en croix, sur lequel 40 000 abeilles sont venues construire un corps en cire. Chaque alvéole a été rempli de miel. En outre, Libertíny a mis un colorant dans la nourriture des abeilles, si bien que sa sculpture était colorée en rouge. C’est la seule couleur que les abeilles ne peuvent pas voir ; elle représente aussi, sans doute, le sang du Christ martyr. Cette œuvre a valu à son auteur le prix du designer du futur, décerné par la foire de Bâle, et des musées comme le Museum of Modern Art (MoMA) de New York ont commencé à acquérir ses créations.

Libertíny n’est pas le premier à travailler avec les abeilles : l’Américain Garnett Puett, élevé dans une famille d’apiculteurs, s’est également servi deces insectes pour créer des sculptures de cire représentant des formes humaines. Mais Libertíny n’est pas arrivé à l'"art apicole" par le même chemin. Avant d’installer le Studio Libertíny à Rotterdam, il se forme au design industriel à Bratislava, Seattle et Eindhoven. Il trouve son inspiration dans le design néerlandais, plus particulièrement dans le travail novateur de l’agence Droog design. Puis il commence à voir dans la cire d’abeille un matériau qui peut aller à l’encontre de la futilité et de la froideur du design industriel moderne. Aujourd’hui, son œuvre se situe aux confins de l'art et du design.

Lorsque j’ai demandé à Libertíny s’il y avait des parallèles entre son travail et celui de Damien Hirst, il m’a répondu que non. Hirst, qui travaille aussi avec des insectes, enferme des mouches dans des vitrines contenant des carcasses en décomposition et expose en ce moment à la Tate Modern, des papillons dans des "vanités" lugubres. "Quand il travaille avecdes insectes, m’explique Libertíny, il a une vision destructrice, alors que lamienne est constructive."

La sculpture Unbearable Lightness à la foire de Bâle

 

 Article du 27 juillet 21012 du Courrier International


10/02/2013
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