APPA'S 86 Association Pour la Protection des Abeilles

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les insectes seront-ils l'avenir de l'humanité ?

Publié le 1er avril 2011, par Dominique Vachez

La consommation de protéines animales à l’échelle mondiale va en s’accroissant : les conséquences sur les écosystèmes et le climat deviennent alarmantes, avec des répercussions sur les cycles naturels du carbone et de l’azote. Une solution pourrait provenir des insectes.

En prenant en compte la totalité des processus de production consacrés à l’élevage (depuis l’amont jusqu’à l’aval de la filière), ce secteur d’activité représenterait 18 % des émissions anthropiques de gaz à effet de serre et 64 % des émissions d’ammoniac. L’empreinte écologique des productions animales est considérable : selon la FAO, les superficies attribuées au pâturage couvrent déjà 26 % des terres émergées (hors territoires glacés) et les cultures fourragères occuperaient un tiers des terres arables.

Intérêt alimentaire des insectes

Pour pallier ces inconvénients, la FAO veut promouvoir le développement de la consommation d’insectes comestibles, ce qui suppose des modifications dans les habitudes alimentaires des pays occidentaux, a priori réticents à ce type de nourriture. Elle préconise également leur incorporation dans la ration alimentaire du bétail et des poissons.

Plus d’un millier d’espèces d’insectes comestibles sont déjà consommées par au moins un tiers de l’humanité, surtout dans les pays en développement d’Afrique, Asie et Amérique latine, où ils sont collectés à l’état sauvage. Dans les régions chaudes et particulièrement en zones forestières, les insectes sont en effet disponibles une grande partie de l’année.

On leur reconnaît une haute valeur nutritive pour l’alimentation humaine : teneur en protéines, rations équilibrées en acides aminés et acides gras essentiels, ainsi qu’en micronutriments (vitamines et minéraux).

Les insectes étant des arthropodes à sang froid (poïkilothermes) et hébergeant généralement peu de bactéries méthanogènes, leur efficacité écologique s’en trouve augmentée. On estime que le taux de conversion alimentaire et l’efficacité d’assimilation de l’azote pour produire des protéines d’insectes sont 2 à 6 fois plus élevés que pour des protéines de volaille, de porc ou de viande bovine.

Avantages environnementaux

De plus, on a récemment mis en évidence que l’élevage d’insectes pour l’alimentation humaine ou animale produirait une quantité de gaz à effet de serre (GES) ou de sous-produits nocifs pour l’environnement, nettement inférieure aux élevages intensifs de bétail.

Des chercheurs hollandais ont ainsi étudié cinq espèces d’insectes, dont trois sont comestibles pour l’homme (larves de Tenebrio molitor, nymphes de Acheta domesticus et Locusta migratoria) [1] et deux sont potentiellement utilisables en alimentation animale (Pachnoda marginata et Blaptica dubia).

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Criquet migrateur (Locusta migratoria) en Thaïlande
Crédit photo : haemengine. Certains droits réservés : licence Creative Commons

Pour les besoins des expérimentations, ces animaux ont été nourris dans des chambres de respirationavec des aliments à base de céréales, de légumes ou de tourbe, mais on pourrait aussi envisager de les nourrir avec des déchets végétaux. Le gain de poids moyen quotidien a été quantifié, de même que le dégagement de différents gaz.

Les émissions de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone CO2, méthane CH4, protoxyde d’azote N2O) ainsi que d’ammoniac (NH3 issu des déjections et contribuant à la nitrification et l’acidification des sols), ont été mesurées en comparaison avec celles d’autres animaux d’élevage (porcs et bovins).

D’après ces résultats, à productivité équivalente, les émissions de GES seraient inférieures ou égales à celles des porcs, et représenteraient seulement 1 % de celles des ruminants.

Pour compléter ces données et permettre de conclure à une durabilité de ces mini-élevages, une analyse complète du cycle de vie [2] doit être réalisée.

Après avoir été accusés de tous les maux (destructeurs de récoltes, vecteurs de maladies), les insectes semblent dorénavant parés de nombreuses vertus et promis à un bel avenir.

Leur rôle dans la pollinisation des plantes n’est plus à démontrer, et à ce titre l’effondrement des populations d’abeilles est préoccupant. Leur utilisation comme agents de lutte biologique peut aussi permettre de réduire notre consommation d’insecticides.

Au lieu de s’évertuer à éradiquer les pullulations d’insectes, l’humanité pourrait assurer une partie de sa sécurité alimentaire en développant l’entomophagie comme source alternative de protéines, tout en respectant mieux l’environnement.

Les pays développés pourraient à leur tour augmenter leur consommation en contournant leur aversion culturelle pour ce type d’aliment, tout en prenant soin de ne pas déséquilibrer les écosystèmes par des prélèvements excessifs sur les espèces pollinisatrices.

 

Sources :

  • OONINCX, D.G.A.B., VAN ITTERBEECK, J., HEETKAMP, M.J.W., et al. An exploration on greenhouse gas and ammonia production by insect species suitable for animal or human consumption. PLoS ONE, 2010, 5(12) : e14445. doi:10.1371/journal.pone.0014445
  • STEINFELD, H., GERBER, P., WASSENAAR, T., et al. L’ombre portée de l’élevage - impacts environnementaux et options pour leur atténuation. Rapport FAO, Rome, 2009, 494 p.

[1] Tenebrio molitor (coléoptère) est communément appelé « ver de farine » au stade larvaire ; Acheta domesticus etLocusta migratoria (orthoptères) sont respectivement le « grillon domestique » et le « criquet migrateur »

[2] Selon la méthodologie de la FAO, une analyse du cycle de vie (ou écobilan) prend en considération les impacts environnementaux de l’ensemble des facteurs de production, depuis la fabrication des engrais, l’utilisation des terres, la transformation et le transport des produits jusqu’à la gestion des effluents.



14/06/2013
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